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Je viens de lire le dernier billet du blog de Nicolas Hénault sur HADOPI et j’avoue avoir beaucoup de mal à partager son optimisme sur le bien fondé et l'efficacité de ce projet de
loi.
Voici pourquoi :
L’idée de la loi dite HADOPI est basique : installer sur internet des radars automatiques qui détecterons les téléchargements illégaux, identifierons les internautes grâce à leurs adresses IP et permettrons d’engager des poursuites pseudo judiciaires après quelques avertissements par mails aux contrevenants.
En gros, on pense pouvoir réguler le téléchargement illégal comme on régule les excès de vitesse.
C’est un raisonnement totalement
naïf.
L’adresse IP n’est en rien comparable aux plaques d’immatriculations des voitures. Il est excessivement simple de masquer son adresse IP, d’emprunter celle d’un autre internaute, d’utiliser des réseaux cryptés où l’anonymat est totalement préservé.
Avec une telle conception, on peut tout au plus espérer effrayer la ménagère qui télécharge de temps à autre sur eMule. Il en va autrement des nouvelles générations qui savent qu’internet propose toujours des solutions de contournement face aux tentatives de contrôle.
Soyons réalistes : à moins de réduire massivement le débit des connexions internet (comme le fait l’Iran) ou d’imposer des logiciels espions dans chaque ordinateur (comme aimerait le faire la Chine), il est proprement impossible de faire infléchir la courbe du téléchargement illégal.
Pour preuve, l’échec de la Suède dans ce domaine qui a mis en place sans succès une loi ressemblant à HADOPI.
C’est un raisonnement purement
manichéen.
Derrière cette loi, il y a l’idée que ceux qui téléchargent illégalement sont de vilains voleurs qui
préfèrent piller gratuitement qu’acheter au prix fort.
C’est oublier que les téléchargeurs n’auraient jamais eu les moyens d’acheter la totalité des œuvres téléchargées illégalement. C’est oublier que certaines artistes, comme Radiohead, ont vu leurs ventes d’albums physiques décoller après une mise à disposition quasiment gratuite sur internet. C’est oublier qu’un artiste n’a pas pour but premier de gagner de l’argent, mais juste de s’exprimer au travers de son art.
Définitivement, la lutte répressive contre le téléchargement illégal est un combat rétrograde, ringard, perdu d’avance. De fait, les promoteurs de la loi HADOPI n’ont rien à envier aux moines copistes de la fin du Moyen âge qui s’insurgeaient vainement contre le développement de l’imprimerie !
Le pire dans tous cela, c’est qu’en agitant cette chimère, pour le plaisir du Prince et de ses amis majors et artistes fortunés, on oublie de
chercher d’autres solutions pour rémunérer la création artistique.
Parce que oui, à terme, ce que nous appelons le téléchargement illégal sera la norme du futur (si tant est qu’il ne soit déja celle du présent). Or, si on ne fait pas de l’art pour gagner de l’argent, il parait tout de même normal qu'une société puisse faire vivre ses artistes.
Cherchons donc d’autres possibilités, telle la licence globale, plutôt que de pondre à répétition des lois désuètes avant même leur conception comme la loi HADOPI, son ancêtre DADVSI ou la futur LOPSI.
Notez que cette proposition de loi a été une première fois mise à mal par des députés socialistes, puis par le Parlement européen et enfin par le Conseil constitutionnel.
Le nouveau texte qui doit être présenté à l'Assemblée le 21 juillet est critiqué, non seulement par l'ensemble de l'opposition, mais aussi par des membres de la majorité dont le député UMP Lionel Tardy, très en pointe sur le sujet.
Publié le 13/07/2009 à 02h05 dans Prises de position