Prises de position

Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 12:30

Aux dernières nouvelles, la taxe carbone sera fixée à 17€ par tonne de CO².

Il s’agit bien d’une taxe. Comprenez que vous la payerez en achetant votre essence ou en payant vos factures.

En compensation, un « chèque vert » sera distribué dans chaque ménage en fonction de sa composition (nombre d’adultes et d’enfants) et de son lieux d’habitation (urbain ou rural), le tout indépendamment de leur revenu.

Comptez 112€ pour un foyer de 4 personnes en milieu urbain et 142€ pour le même foyer en milieu rural.

 

Oui, vous avez bien compris le principe : que vous soyez au RSA, classe moyenne ou ultra riche, le montant du chèque vert que vous recevrez ne prendra pas en compte vos revenus mais simplement le nombre de personnes composant votre foyer.

 

Mais, au delà de ça, c’est le principe même d’une taxe carbone qui me parait totalement bancal.

 

Retournons aux fondements de cette nouvelle taxe.

Quel est son but ? Nous (les humains) devons réduire le volume de nos émissions de CO² si l’on veut espérer limiter le réchauffement climatique (pour l’empêcher, c’est déjà trop tard).

Comme l’émission de CO² est liée à une consommation de matières premières (essence, gaz, fioul, etc.), des économistes ont trouver une solution macro-économique : pour limiter l’émission de CO², rendons plus chères les matières premières qui le produisent, taxons les.

 

Or, cela ne peut tenir. En effet, nombreux sont les ménages qui consomment ses matières premières, non pas par plaisir, mais bien par nécessité.

De fait, il faut bien chauffer sa maison et prendre sa voiture pour aller travailler ou emmener ses enfants à l’école lorsqu’il n’y a pas de transports en communs (ce qui concerne 60% de la population). Habiter en ville ? Les loyers sont devenus prohibitifs. Peut être imagine t’on que les ménages vont massivement investir dans des équipements « verts », comme les panneaux solaires et éoliennes domestiques ou une isolation plus performante de leur habitation. C’est oublier, encore une fois, que de tels équipements ne sont accessibles qu’à une population aisée et que les aides existantes ne sont pas suffisantes.

Quant à la voiture électrique, qui a pourtant ateint les 100km/h en 1899 (!!!), no fiers industriels automobiles, pourtant largement soutenus par l’argent du contribuable , ne sont encore pas foutus de proposer quelque chose de viable.

 

On le voit bien, cette taxe n’a aucune utilité. On ne peut même pas espérer que l’argent récoltée puisse servir à des aides à l’équipement « vert » des ménages, ou à l’investissement dans des énergies  renouvelables, non ! Comment croyez vous que l’Etat va payer les chèques verts qu’il va redistribuer ? Avec la taxe Carbone pardis.

 

Ce qu’il faut pour aider notre société de surconsommation à devenir une société durable, c’est une réforme totale et globale de la fiscalité et de la comptabilité, pas un minuscule et injuste ajustement. Cela demande un courage politique considérable, mais inévitable, que nous ne pouvons nous permettre de repousser sans cesse. Nous sommes au bord d’un précipice que nous ne pouvons ignorer. Prenons nos résponsabilités.

 


Par L'orange berruyère - Publié dans : Prises de position - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION
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Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /2009 02:05

Je viens de lire le dernier billet du blog de Nicolas Hénault sur HADOPI et j’avoue avoir beaucoup de mal à partager son optimisme sur le bien fondé et l'efficacité de ce projet de loi.

Voici pourquoi :

 

L’idée de la loi dite HADOPI est basique : installer sur internet des radars automatiques qui détecterons les téléchargements illégaux, identifierons les internautes grâce à leurs adresses IP et permettrons d’engager des poursuites pseudo judiciaires après quelques avertissements par mails aux contrevenants.

En gros, on pense pouvoir réguler le téléchargement illégal comme on régule les excès de vitesse.

 

 

  C’est un raisonnement totalement naïf.


L’adresse IP n’est en rien comparable aux plaques d’immatriculations des voitures. Il est excessivement simple de masquer son adresse IP, d’emprunter celle d’un autre internaute, d’utiliser des réseaux cryptés où l’anonymat est totalement préservé.

Avec une telle conception, on peut tout au plus espérer effrayer la ménagère qui télécharge de temps à autre sur eMule. Il en va autrement des nouvelles générations qui savent qu’internet propose toujours des solutions de contournement face aux tentatives de contrôle.

Soyons réalistes : à moins de réduire massivement le débit des connexions internet (comme le fait l’Iran) ou d’imposer des logiciels espions dans chaque ordinateur (comme aimerait le faire la Chine), il est proprement impossible de faire infléchir la courbe du téléchargement illégal.

Pour preuve, l’échec de la Suède dans ce domaine qui a mis en place sans succès une loi ressemblant à HADOPI.

 


C’est un raisonnement purement manichéen.


Derrière cette loi, il y a l’idée que ceux qui téléchargent illégalement sont de vilains voleurs qui préfèrent piller gratuitement qu’acheter au prix fort.

C’est oublier que les téléchargeurs n’auraient jamais eu les moyens d’acheter la totalité des œuvres téléchargées illégalement. C’est oublier que certaines artistes, comme Radiohead, ont vu leurs ventes d’albums physiques décoller après une mise à disposition quasiment gratuite sur internet. C’est oublier qu’un artiste n’a pas pour but premier de gagner de l’argent, mais juste de s’exprimer au travers de son art.

 

 

 

Définitivement, la lutte répressive contre le téléchargement illégal est un combat  rétrograde, ringard, perdu d’avance. De fait, les promoteurs de la loi HADOPI n’ont rien à envier aux moines copistes de la fin du Moyen âge qui s’insurgeaient vainement contre le développement de l’imprimerie !

 

Le pire dans tous cela, c’est qu’en agitant cette chimère, pour le plaisir du Prince et de ses amis majors et artistes fortunés, on oublie de chercher d’autres solutions pour rémunérer la création artistique. 

Parce que oui, à terme, ce que nous appelons le téléchargement illégal sera la norme du futur (si tant est qu’il ne soit déja celle du présent). Or, si on ne fait pas de l’art pour gagner de l’argent, il parait tout de même normal qu'une société puisse faire vivre ses artistes.

Cherchons donc d’autres possibilités, telle la licence globale, plutôt que de pondre à répétition des lois désuètes avant même leur conception comme la loi HADOPI, son ancêtre DADVSI ou la futur LOPSI.

 

 

Notez que cette proposition de loi a été une première fois mise à mal par des députés socialistes, puis par le Parlement européen et enfin par le Conseil constitutionnel.

Le nouveau texte qui doit être présenté à l'Assemblée le 21 juillet est critiqué, non seulement par l'ensemble de l'opposition, mais aussi par des membres de la majorité dont le député UMP Lionel Tardy, très en pointe sur le sujet.


 

 


Par L'orange berruyère - Publié dans : Prises de position - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION
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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /2009 21:07

Depuis plusieurs semaines, la tendance « voile intégrale » fait fureur dans les rues de notre France. Non pas que cette mode soit populaire, non, elle serait même plutôt ultra minoritaire (voir inéxistante sur Bourges). Cependant, elle semble suffisamment visible pour perturber la vision du citoyen soucieux de la condition féminine et pour engendrer polémique sur polémique dans les sphères médiatiques et politiques.

Oui, je parle ici de la burqa, ou plutôt du niqab étant donné que la burqa est plus à relier à une tradition afghane.

 






On entend souvent, ici ou là, que cet intolérable accoutrement mériterait une interdiction sèche sans autre procès que le non respect de la laïcité républicaine. Et bien, désolé de vous le dire, si je suis prêt à militer pour qu’une telle prison de tissu disparaisse, je suis bien loin de partager cet avis populiste.

D’une part, je pense que la laïcité n’a ici aucun rôle à jouer et, d’autre part, je pense qu’une telle interdiction ne peut prétendre résoudre quoi que ce soit.

 

En France, la laïcité est un principe utilisé à toutes les sauces qu’on nous ressort régulièrement dès qu’une pratique qui touche à la religion (et plus particulièrement si il s’agit de l’Islam) vient perturber le regard du citoyen lambda.

Pourtant, le recours au principe de laïcité devrait être utilisé avec parcimonie car si on l’agite trop souvent, on risque de l’user, surtout lorsque il n’a aucune raison d’être utilisé comme c’est le cas du niqab.

 

La laïcité est la volonté d’empêcher toute ingérence des organisations religieuses au sein du pouvoir politique. En découle la séparation de l’église et de l’Etat qui, historiquement, consacre l’idée que la religion ne devrait pas avoir d’influence sur le politique ou l’administratif.

En contrepartie, l’Etat se porte garant de la liberté de culte et se place sur une position de totale neutralité quant à la supériorité d’une conception spirituelle ou philosophique sur une autre, laissant le citoyen face à sa seule liberté de conscience.

La laïcité est un pacte de cohésion social laissant à l’Etat la maîtrise totale de la sphère publique, celle du citoyen, et aux religions le droit de proposer la spiritualité dans la sphère privée, celle de l’individu.

Il y a, dans la laïcité française, l’idée que tout citoyen doit disposer d’une raison émancipée et que la religion étan par nature totalitaire, il faut la tenir éloignée du citoyen tout en respectant le droit individuel et fondamental à la liberté de culte.

 

Dans le cas du port du voile à l’école, le principe de laïcité fut invoqué à raison.

Pour garantir aux citoyens la liberté de conscience, l’Etat se doit d’offrir aux mineurs un cadre de construction mental exempt de toute influence religieuse. En effet, on ne peut considérer qu’un citoyen est libre de choisir si il désire ou non embrasser une quelconque religion si on ne lui offre pas la possibilité d’exercer sa libre pensée.

En sacralisant l’école publique comme un lieu où la religion n’a pas sa place, on offre bien la possibilité aux futurs citoyens d’accéder à la liberté de conscience à leur majorité, ce qui s’intègre parfaitement dans le principe de laïcité.

Bien évidement, on peut se demander si il est totalement honnête d’invoquer cela lorsque l’on autorise, à coté, des écoles privées confessionnelles. Gageons cependant que ce que la loi à imposer pour l’école publique reste un progrès, même si il est à mon sens insuffisant.

 

En ce qui concerne le port du niqab, l’utilisation du principe de laïcité est beaucoup plus contestable, tout du moins lorsqu’on nous parle de simplement l’interdire sur la voie publique. Nous ne sommes plus ici dans le cas de citoyens  construisant leur libre pensée, nous ne sommes plus face à des mineurs influençables ! Ici, il s’agit de citoyens adultes et responsables qui n’ont plus besoin d’une influence religieuse pour basculer dans le dogme puisqu’ils s’y sont déjà enfermés. Comment croire qu’une simple interdiction pourrait les relancer vers une émancipation salvatrice ? Et comment prétendre qu’une telle loi serait à relier au principe de laïcité ?

 

N’en déplaisent à certains, le port du niqab est bien un fait religieux qui, si il est minoritaire, reste une simple interprétation. On pourrait arguer qu’il s’agit ici d’une pratique sectaire, mais il faudrait être sacrément malhonnête pour prétendre qu’une femme portant le niqab est plus mentalement manipulée qu’une femme portant le seul voile, qu’un catholique refusant les enfants hors mariage ou qu’un juif refusant de travailler le jour du Chabbat. Parce que oui, en droit français, ce qui différencie les églises des sectes, c’est la manipulation mentale des « fidèles ». Sans vouloir faire dans l’anticléricalisme primaire, force est de constater que ce que nous appelons religion n’est pas forcément exempt de manipulation…

 

Prétendre que le seul port du niqab relève du sectarisme serait malhonnête, supposons donc que ce soit une pratique belle et bien religieuse. En ce cas, une loi l’interdisant serait en total désaccord avec le principe de laïcité puisque la laïcité, justement, impose une non ingérence de l’Etat dans la sphère religieuse et qu’on ne peut plus prétendre corriger la faiblesse de la pensée de citoyens qui ont atteint l’âge de raison.

 

Définitivement, l’Etat ne peut invoquer la laïcité si il décide d’interdire le port du niqab puisque cette loi serait à l’encontre même du principe de non-ingérence mutuelle.

Il y aurait bien d’autres raisons de brandir le drapeau laïque, que ce soit lorsqu’un président de la république nous parle de valeurs religieuses, lorsque l’Etat instrumentalise les organisations religieuses (Conseil national du culte musulman) ou lorsque des membres de la majorité parlementaire fondent un parti politique à connotations religieuses (Parti chrétien démocrate de Christine Boutin).

 

Que ce vêtement pose un problème, c’est certain, puisqu’il représente une vision inadmissible de la condition féminine où le corps féminin est présumé responsable de la perversité masculine. Autant dire qu’il s’agit du même problème que de considérer qu’en cas de viole, la femme serait responsable car trop aguicheuse…

Il faut lutter, combattre, trouver des solutions qui relève de l’émancipation face à un dogme religieux inacceptable. Mais il ne faut pas le faire par une simple interdiction et encore moins sous un prétexte de laïcité.

 

Il faut trouver un autre axe qui devrait être, à mon sens, celui de l’intégration républicaine. Certes, c’est un axe bien plus large et plus complexe que celui de la laïcité mais il a deux principaux mérite : il évite la stigmatisation abusive d’une population qui souffre déjà de nombreux préjugés et les principaux chantiers qui s’y rapportent sont bien connus.

Attention ! Je ne parle pas ici de l’intégration culpabilisatrice où la responsabilité de l’exclusion est soutenue par les seules épaules des minorités, non ! Je parle ici d’une intégration où chacun, les minorités comme la majorité, acceptent d’unir leurs efforts pour que la cohésion sociale soit effective.

C’est ici que l’on en vient à parler de désenclavement géographique des minorités, de la nécessité du mélange culturel, de l’obligation de préserver un enseignement publique de qualité sur l’ensemble du territoire, de discrimination positive, de mesures sociales permettant l’insertion, de l’accès favorisé à la culture, à la formation et à l’instruction pour les adultes, etc.

 

Je ne vais pas ici rentrer dans le détail, mais il me parait évident qu’une femme musulmane qui a fait ses études dans un milieu scolaire efficace et multiculturel, qui vit dans un centre ville et dispose d’un travail correspondant à sa qualification est moins encline à porter le niqab que les exclues que nous avons parqué dans les cités.

 

Bref, faisons preuve de sagesse, attaquons le problème en réfléchissant à ses sources et au meilleur angle d’attaque à utiliser. Cessons de tomber dans des considération purement populiste où on mélange à la vas vite des principes et des préjugés dans un seul but de communication publicitaire/électorale.

Par L'orange berruyère - Publié dans : Prises de position - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION
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